Côté jardins, La Nouvelle-Orléans cultive la différence

Côté jardins, La Nouvelle-Orléans cultive la différence

Des jardins passionnément, oui, mais avant tout des jardins à vivre en toute liberté et dans les grandes largeurs, des jardins en mouvement que tous les habitants se sont appropriés au fil du temps, des centaines d’hectares d’oxygène et de détente dans la ville, des parcs immenses où flâneurs, doux rêveurs, amoureux de la nature et amoureux tout court, petits-enfants et grands-parents, oiseaux et écureuils, tortues et grenouilles, fêtards et esthètes, pique-niqueurs patentés et sportifs de tout poil trouvent leur bonheur et cohabitent sans souci. C’est tout cela et plus encore, La Nouvelle-Orléans côté jardins…

 

Le flamant rose in Les oiseaux d’Amérique, Jean-Jacques Audubon

 

Reprenons le Parc Audubon : conçu à l’origine (en 1898 par John Charles Olmsted, fils du célèbre architecte-paysagiste Frederick Olmsted, créateur de Central Park à New-York) comme un très chic parc paysager « à l’anglaise », il va peu à peu s’affranchir de ces règles traditionnelles, sous la pression des habitants que l’idée d’un parc trop bien léché n’enthousiasmait pas beaucoup, pour devenir un fabuleux espace de loisirs ouvert à tous, parsemé de lagunes, de fontaines, de statues et d’arbres admirables, et doté d’infrastructures permettant une foule d’activités sportives et de plein air. Golf, piscine, courts de tennis, terrain de football et de baseball, club de d’équitation, circuit de course à pied et de vélo : chacun peut s’adonner – un peu, beaucoup, passionnément – à son sport préféré. Et pour aller, au cœur de la ville, à la rencontre du monde sauvage, le Jardin Zoologique dont la création remonte au début des années 1900 (mais qui a été complètement repensé, paysagé et végétalisé depuis) reste « le » but de balade depuis des générations, pour apprendre et s’émerveiller, mais aussi jouer et faire la fête de toutes les manières… Décidément, le Parc Audubon mélange joyeusement les genres, et cela lui va bien : à côté d’attractions pleines de bruits, de rires et de couleurs, il réserve, à ceux qui savent prendre le temps, des coins secrets, havres de paix et de poésie, comme ce labyrinthe dessiné au sol, inspiré de celui de la cathédrale de Chartres, qui invite à faire une pause méditative dans l’ombre des vieux arbres…

L’autre grand parc de la Nouvelle-Orléans, City Park, fait vraiment figure de géant avec ses plus de 525 hectares ! De géant mais aussi d’ancêtre puisqu’il existe depuis 1854, et que cette longue histoire y a imposé ses marques, jetant des ponts entre présent et mémoire, entre nature et culture, entre patrimoine et botanique.

 

Entrée de City Park en 1920

 

L’ancienne plantation de Jean-Louis Allard, qui s’étendait là sur les rives du Bayou Saint-Jean et abritait la plus belle forêt de chênes du Sud (déjà vénérables à cette époque), est rachetée au milieu du 19e par la Ville, qui l’utilise au début pour faire paître des troupeaux, tandis que, sous les chênes, on règle traditionnellement ses « affaires d’honneur » en se battant en duel pour un oui pour un non ! Ce n’est que très progressivement que cet immense terrain va devenir un parc public, chaque époque apportant sa pierre à l’édifice, composant au fil du temps la personnalité très originale de ce parc aux mille facettes.

 

Langles Bridge sur le Bayou Metairie dans City Park

 

Après le passage de l’ouragan Katrina qui y avait fait de gros dégâts, il a connu une véritable renaissance, plus que jamais cher au cœur des Néo-Orléanais, fiers des trésors innombrables qu’abrite leur parc : les plus vieux chênes du monde, des lagons et des bayous (où l’on peut pêcher et canoter) enjambés de petits ponts 1900, des fontaines jolies comme tout, un merveilleux carrousel de chevaux de bois qui date de 1906, un jardin de contes de fées pour les enfants, un petit train pour des balades enchantées (et qui ressemble fort au petit train de notre Parc Floral), un jardin botanique, un époustouflant jardin de sculptures modernes, et, niché dans cet écrin de verdure et d’eaux, le Musée des Beaux-Arts de la Nouvelle-Orléans d’une richesse inouïe. Sans oublier une foule d’équipements sportifs, des concerts, des festivals, la féerique Celebration in the Oaks qui illumine au moment des fêtes de fin d’année les arbres centenaires du Parc. Et tant d’autres choses encore.

 

 

Quand on vous dit que la Nouvelle-Orléans, Nola pour les intimes, qui sait si bien célébrer la vie avec pragmatisme et flamboyance, ne fait jamais rien comme les autres, même côté jardins…

  Anne-Marie Royer-Pantin                

A suivre…