La Nouvelle-Orléans côté jardins

La Nouvelle-Orléans côté jardins

Comme Orléans a l’âme jardinière, Nola a le goût des jardins et l’amour des arbres. Et quels arbres ! Et quels jardins croulant sous les floraisons prodiguées sans compter ! Ici la nature exubérante ne fait jamais relâche : des sols gorgés des alluvions fertiles déposées par le Mississipi (qui, avant d’être endigué au 19e siècle, débordait quand ça lui chantait), un climat subtropical chaud et humide, tout cela entretient une végétation luxuriante qui se rit des saisons, un débordement sans fin de fleurs, de couleurs et de parfums qui vous mènent par le bout du nez, des patios les plus secrets aux parcs les plus vastes, pour une balade inoubliable….

L’amateur de jardins en prend plein les yeux. Partout des arbres comme nulle part ailleurs : les chênes les plus monumentaux et les plus légendaires, qui portent allégrement leurs 300 ans et les souvenirs des fastes des anciennes plantations ; les magnolias les plus géants aux lourdes fleurs blanches si capiteuses dans les longs soirs d’été ; les cyprès chauves les plus incroyables, avec leurs drôles de pieds dans les bayous où somnolent les alligators, et leurs têtes encoconnées de mousses espagnoles (ils ont l’air déguisés pour Halloween ou sortis d’un conte vaudou) ; les tulipiers les plus aristocratiques, les jacarandas les plus mauves sur fond de ciel bleu, les sassafras les plus « couleur locale »…

Allez flâner, Uptown, dans Garden District, ce havre de paix si justement nommé Quartier des Jardins : au pied des somptueuses demeures coloniales, c’est un enchantement de camélias, d’azalées aux teintes d’aquarelle, d’hortensias énormes, de jasmins, de gardénias, de bougainvillées, de roses, d’amaryllis, de cornouillers blancs et roses (qu’en Louisiane on appelle dogwoods), de lataniers qui agitent doucement les éventails de leurs palmes…

Non loin de ces jardins de rêve pour happy few, tout près du Mississipi qui glisse vers la mer derrière ses levées, s’ouvre un immense parc pour combler toutes les envies de nature et d’échappées belles au cœur d’une ville toujours en effervescence, une oasis de 160 hectares de verdure et d’eau, d’ombres et de lumières, chère au cœur des Néo-Orléanais : le parc Audubon, l’un des plus grands parcs urbains et des plus réputés des Etats-Unis, baptisé d’un nom qui sonne joliment français… Artiste de très grand talent, savant ornithologue, naturaliste passionné, mais aussi poète, explorateur, aventurier : Jean-Jacques Audubon (1785-1851), d’origine française et installé aux Etats-Unis à partir de 1806, est tout cela à la fois, et surtout le Français le plus célèbre et le plus admiré aux Etats-Unis, après La Fayette ! Premier peintre des Oiseaux d’Amérique, symbole de l’écologie américaine (il a donné son nom à l’une des plus importantes sociétés de protection de la nature aux USA, « The Audubon Society »), il a résidé en Louisiane dans les années 1820.

Comme notre Parc de la Source à Orléans, le Parc Audubon a une longue et riche histoire : ces terres fertiles étaient occupées au 18e siècle par une importante plantation, celle du marquis Pierre Foucher de Circe, qui y jouxtait celle de son beau-père Etienne de Boré (premier maire de la Nouvelle-Orléans, et qui a été à l’origine du développement de la production de sucre de canne en Louisiane). L’allée de chênes magnifiques qui menaient à la belle demeure du marquis existe toujours : c’est l’un des fleurons du Parc, et l’on peut y admirer le plus vieil arbre de Nola, l’un de ces chênes de Virginie plantés là par Etienne de Boré vers 1740 ! C’est un peu l’arbre emblématique des Néo-Orléanais qui l’ont baptisé Tree of Life, l’Arbre de Vie.

Pendant la Guerre de Sécession, la plantation, abandonnée par ses propriétaires, va servir de campements pour les troupes, celles des Confédérés puis celles de l’Union Fédérale, avant d’être rachetée par la Ville en 1871 aux héritiers du marquis. Le projet est alors d’en faire un grand parc public, le « poumon vert » de la cité, mais cela allait prendre de longues années…

                                                                                  Anne-Marie Royer-Pantin                

A suivre…